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Rester sur le fil, contribution à l'AG du mardi 26 septembre 2017

le Lun 25 Sep - 6:58
Puisqu’impossible d’être présent par le corps et la voix, serait-il permis de l’être par les mots ?

Il semble parfois, tout au long de ces derniers mois, qu’écrire soit relativement vain puisque non versé aux débats.
Dans ce numéro d’équilibriste d’inventer une nouvelle manière de pratiquer en politique, il est presque évidemment normal que nous nous heurtions aux vieux schémas. Ceux-là sont si bien imprimés dans nos têtes qu’il est bien difficile de nous en défaire. Alors, bien sûr, en ce monde où ego prime, il y a ceux qui savent parler, diriger, prendre l’initiative, et puis les autres.

Sauf qu’à y bien regarder, si nous ne faisons pas attention, c’est ainsi que tous les « partis », un jour, se sont vidés.
J’ai entendu, dans le passé, lorsque je fus moi aussi adhérent, que ce n’était pas grave puisqu’il ne resterait que les meilleurs. Or, lorsque les idées ne sont plus celles que d’une poignée, elles mordent la poussière et devinez qui en tire bénéfice ?

Je dis ceci, non pour filer la métaphore, mais à regarder les choses, j’ai comme l’impression, parfois, d’un déjà vu.
Il y a celles et ceux qui ont le temps de se réunir en secret, qui font des réunions à n’en plus finir, qui s’autorisent des contributions et les autres, ceux qui sont pris dans le maelström de la vie actuelle, de sa précarité, et qui ne peuvent se faire entendre.
Non que je cherche ici à opposer ce qui déjà s’oppose dans les faits, mais je voudrais inviter à ne pas tomber de ce côté du fil.

Vivre en humain, c’est ce que nous revendiquons pour le monde que nous voulons construire, non ? Alors observons que vivre ainsi c’est être comme le funambule. Toute la grâce est de demeurer sur le fil sans tomber d’un côté ou de l’autre.
Nous avons beaucoup à réapprendre et à découvrir car depuis au moins cinquante ans, le monde capitaliste nous a tranquillement installés sous le fil. Il a imprimé sa dictature jusque dans les modes d’organisation de nos profils « politiques ».
Et si nous ne faisions plus de politique, justement, mais si nous nous mettions à l’oeuvre pour parler de nos vies, de ce que nous pourrions faire tout de suite, sans attendre je ne sais quel lendemain enchanté, pour les rendre vivables ?

Car à ne pas nous occuper de remonter sur notre fil et ne plus nous laisser déstabiliser, un jour ils privatiseront l’air que nous respirons, ils reviendront à l’esclavage qui a toujours été leur fond de commerce.
Alors peut-être s’agit-il moins de faire de la politique autrement, que de tout simplement vivre sans leçons à donner à quiconque. Ceci nécessite une bonne dose de transparence et de sincérité mais aussi d’assumer nos conflits, nos petites chamailleries d’adultes mal dégrossis, campés que nous sommes sur nos certitudes.

Quelle communauté humaine pourrait grandir sans avoir à gérer les conflits entre individus ?
Ne vaut-il pas mieux assumer et apprendre à gérer nos conflits plutôt que les maquiller sous un unanimisme de façade mortifère ?
Serions-nous insoumis si nous n’avions pas à vivre avec le conflit fondamental qui nous dresse contre le système capitaliste et sa forme totalitaire-libérale ?
Par principe, l’insoumis est en conflit. Refuser cette évidence qui est à la base à la fois de nos regroupements et de nos déchirures, c’est déjà tomber de l’autre côté du fil, celui où sont tombées toutes les formes d’organisation politique héritées des luttes des XVIIIème et XIXème siècle.
C’est cette forme d’atonie qui a mené au triomphe du totalitarisme libéral. Tous les pouvoirs, y compris ceux de la prétendue gauche ont oeuvré à cette aphasie du peuple.
Notre premier travail est donc de libérer la parole, d’être attentif à sa mise en pensée, non par la seule élite autorisée à « gouverner » le mouvement, mais par tout un chacun. Il ne peut y avoir d’autorité insoumise sinon collective.
Que certains d’entre nous soient les chevilles ouvrières de la mise en mouvement ne leur donne aucune autorité. Au contraire, savoir nous exprimer devrait nous imposer l’humilité d’écouter les paroles autres, celles qui ont du mal. Nous devons oeuvrer à délier les langues cousues depuis quarante ans de fausse gauche.

Or, je crains les redondances du passé. Je crains les abus de pouvoir, les manifestations suicidaires de l’ego des dominants.
Bien sûr, il se trouve une étrange corrélation avec la foule. Méfions-nous des monopoles de la parole. Ouvrons grand les vannes de l’intelligence, de l’échange et du partage.
Pourrions-nous rompre une fois pour toute avec cette forme viciée de la démocratie qui délègue toujours le pouvoir sans jamais se l’approprier? Que serait notre façon de prendre le pouvoir partout où il est laissé vacant par les thuriféraires de la bonne bourgeoisie des notables ? Nos rêves sont-ils de leur ressembler ou d’inventer autre chose ?

Mais à être trop long sans doute vais-je vous lasser. Et je voudrais seulement inviter à réfléchir et à demeurer vigilant pour ne pas lasser les insoumis non aguerris qui lentement peuvent s’effacer dans le silence comme ils l’ont toujours fait, vouant le mouvement à n’être au bout du compte qu’un feu de paille de plus.
Ouvrir la porte à la remise en cause fondamentale du capitalisme comme dogme immuable auquel nous serions voués et à la civilisation qu’il a portée aux pinacles d’une forme réductrice du progrès ne sera pas simple et va nécessiter du temps. Car il s’agit de devenir, les uns et les autres des Homo Humants en rompant avec l’Homo Capitalismus coulé au moule de la bourgeoisie triomphante du XIXème siècle. L’enjeu est de taille, il mérite donc toute notre attention.
Je vous attendrai avec mes casseroles, samedi matin, sur le marché et l’après-midi pour échanger sur nos petites et grandes insoumissions, à 14h, en mon « Autre lieu ».

Manosque, 24 septembre 2017

Xavier Lainé
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